ÉLEVAGE ET LÂCHERS DE MOUCHES STÉRILES

État de la situation

Au Canada, le principal insecte ravageur de la production d’oignons est la mouche de l’oignon (Delia antiqua) et le contrôle est effectué à l’aide de grandes quantités d’insecticides dont l’efficacité est mise en doute au vu de la résistance.

Objectif

Trouver une alternative à l’utilisation de pesticides pour diminuer les populations et limiter les dommages aux cultures.

Démarche

Entreprendre l’élevage de mouches de l’oignon, les stériliser et les relâcher aux champs afin qu’elles s’accouplent aux mouches naturelles.

 

LES ÉTAPES FRANCHIES DEPUIS  2004…

2004 Une préoccupation, une idée de solution, un projet

Été 2005 Mise sur pied d’un élevage de mouches de l’oignon et validation de la méthode de stérilisation des mouches aux installations du CRDA de St-Hyacinthe

Étés 2006 et 2007 Lâchers d’insectes stériles dans des champs d’oignons sélectionnés en Montérégie

Été 2008 Production totale de 2 183 000 mouches stériles pendant la saison avec l’aide des producteurs d’oignons impliqués dans le projet :

1ière génération : 700 000 mouches stériles relâchées dans des champs d’oignons (secs et verts) sélectionnés pour la 1ière génération de mouche de l’oignon naturelle

2e génération : 1 200 000 mouches relâchées dans des champs d’oignons (secs et verts) sélectionnés pour la 2e génération de mouche de l’oignon dans le but de diminuer la population des insectes naturels pour l’année suivante

Été 2009 Environ 5 millions de mouches stériles produites et relâchées dans des champs des deux types d’oignons, suivis de près pour maintenir la qualité du produit … piégeage pour évaluer le ratio de mouches stériles colorées en rose et de mouches sauvages

Été 2010 Mise au point de la diète artificielle et encore des essais de validation

Été 2011 Capacité de production de la bio-usine de 30 millions de mouches roses; début de commercialisation en Montérégie

Étés 2011-2015 Améliorations des procédés, des installations et poursuite de la commercialisation

Été 2016 Certification Ecocert et premiers lâchers commerciaux dans Lanaudière

Pourquoi vouloir contrôler la mouche de l’oignon?

Cet insecte (Delia antiqua) a deux à trois générations par été, chacune d’elles pouvant causer des dommages importants et des pertes considérables. La première génération détruit les jeunes plantules et les générations suivantes provoquent des blessures aux bulbes. Ces oignons endommagés sont plus sensibles aux maladies et peuvent devenir des sources de contamination importante en entrepôt durant l’hiver.

À ce jour, comment les producteurs contrôlent-ils la mouche de l’oignon ?

L’utilisation de Lorsban (Chlorpyrifos) est un des principaux moyens de contrôle chimique pour limiter les dommages de la mouche de l’oignon. Face à une diminution apparente de son efficacité, les producteurs d’oignons québécois ont graduellement augmenté la dose employée intensifiant ainsi son impact sur l’environnement et la santé humaine. L’homologation du  chlorpyrifos est en sursis.

Dans l’oignon vert, c’est encore plus difficile !

Les producteurs d’oignons verts sont encore plus restreints dans leurs moyens de lutte contre la mouche de l’oignon. Aucun insecticide granulaire incorporé au semis n’est homologué dans cette culture à cause de sa courte période de production et du long délai à respecter entre l’application et la récolte (109 jours pour le Lorsban).

Les mouches de l’oignon stériles : une idée Hollandaise

Cette alternative existe actuellement aux Pays-Bas et pourrait éventuellement être implantée à plus grande échelle au Québec. En effet, depuis 1981, les producteurs d’oignons des Pays-Bas utilisent des lâchers inondatifs de mouches stériles pour contrôler leurs infestations de mouches de l’oignon.

Une méthode avant-gardiste : étapes et fonctionnement

Cette méthode de contrôle consiste à produire de grandes quantités de mouches de l’oignon dans notre bio-usine et de les mettre ensuite en dormance en les entreposant au froid pendant l’hiver. Au printemps suivant, elles sont stérilisées par exposition contrôlée à une source de radiation. Pour les reconnaître, elles sont ensuite colorées en rose avant d’être relâchées aux champs pendant l’activité des populations naturelles de mouches. Les mâles stérilisés entrent alors en compétition avec les mâles naturels fertiles pour féconder les femelles. Dans le cas d’un accouplement avec des mâles stériles, les œufs pondus sont aussi stériles et il n’y a donc pas d’émergence de larves. L’efficacité de cette méthode de contrôle repose sur le maintien d’un ratio élevé d’insectes stériles par rapport aux insectes naturels durant la période d’activité des populations naturelles de mouche de l’oignon, soit durant toute la saison de production. C’est pourquoi l’utilisation de mouches stériles doit être jumelée à l’installation de pièges aux champs, au comptage des captures et au suivi des ratios.

Les lâchers inondatifs de mouches stériles : une utilisation qui a déjà fait ses preuves ailleurs

L’utilisation de lâchers inondatifs de mouches stériles pour contrôler un ravageur agricole serait une première au Québec. Cette technique a été utilisée à maintes reprises dans le monde pour éradiquer des insectes nuisibles de certaines zones géographiques, comme la mouche tsé-tsé dans l’île de Zanzibar, la mouche méditerranéenne des fruits ou la mouche Lucilie bouchère (Cochliomyia hominivorax), un important ravageur du bétail dans le Sud des États-Unis et au Mexique. Cette méthode est aussi couramment utilisée pour contrôler des insectes ravageurs en agriculture. De vastes programmes de contrôle de drosophiles à l’aide d’insectes stériles existent en Europe, en Amérique centrale et en Asie. Au Canada, un programme de lâchers de mâles stériles a été implanté dans la vallée de l’Okanagan pour réduire les dommages du carpocapse de la pomme (Cydia pomonella).

Un seul hôte et des régions circonscrites : un gage de succès …

L’efficacité de cette stratégie de contrôle est maximisée lorsqu’elle est utilisée contre une population d’insectes circonscrite géographiquement et inféodée à un nombre réduit de plantes hôtes. Cette situation permet d’éviter l’invasion des zones traitées par des mâles féconds ou des femelles déjà accouplées en provenance d’autres régions, écosystèmes ou cultures. Ces conditions sont rencontrées pour la mouche de l’oignon qui a peu d’hôtes naturels au Québec et dont la production des hôtes cultivés est concentrée dans la région de la Montérégie, dans différents bassins de terre noire. Pour ces raisons et compte tenu des tarifs observés aux Pays-Bas, il est raisonnable de croire que l’implantation de cette méthode de contrôle au Québec est possible et réaliste d’un point de vue économique.

Le cas de la mouche du chou : la recherche se poursuit

Suite aux bons résultats obtenus dans l’oignon et l’oignon vert, plusieurs producteurs de crucifères se sont montrés intéressés à cette technologie pour le contrôle de la mouche du chou. Dans ce cas, plusieurs hôtes sont possibles puisque la famille des crucifères est vaste et répandue sur un grand territoire. Ainsi depuis 2013, l’élevage de la mouche du chou a été intégré aux activités de la bio-usine et des essais sont menés aux champs dans les cultures de brocoli, radis et radis chinois Lien vers rapport

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